Matthieu Boucherit

In pictures we trust

Installation, vidéo, photographies, peinture

Dans un vocabulaire plastique inspiré des principes chimiques et physiques de la photographie, Matthieu Boucherit navigue du dessin à la peinture et de l’installation à la création d’ambiance. Entre apparition et disparition, son œuvre exploite la latence, l’attente d’une révélation qui se dérobe de la frontalité des clichés et convoque l’intimité d’une rencontre. Il aborde ainsi le destin politique des images et notre rapport à ces dernières à travers les paradoxes d’une société morale en conflit avec elle-même.

Matthieu Boucherit, "In pictures we trust", vernissage de l'exposition.
Matthieu Boucherit, "In pictures we trust", vernissage de l'exposition.
  • Vernissage

    7 novembre 2018 à 19h

  • Exposition

    Du 9 novembre au 22 décembre 2018

  • Site web matthieuboucherit.com

Fut un temps où les photographes passaient d’innombrables heures enfermés dans des laboratoires à développer leurs prises de vue. Baignées dans une lumière rouge inactinique, les darkrooms étaient une fabrique à images, un lieu de révélation dans lequel des procédés chimiques et physiques travaillaient l’émulsion sensible d’images en devenir. En transformant la galerie en laboratoire, Matthieu Boucherit déplace la darkroom vers un autre registre, non pas technique ou économique, mais clinique. La boîte noire dont il s’agit de pénétrer le fonctionnement opaque concerne alors un autre appareil de traitement de la perception et de la mémoire […]
Aux stratégies de sidération orchestrées pour impressionner les publics, comme autant de surfaces sensibles, l’artiste superpose ses fameux filtres rouges inactiniques. Il dissimule et opère une sorte de zone frontière entre soi et le monde extérieur, afin de canaliser l’effraction de stimuli trop violents ou hypocritement culpabilisants.

Floue, diaphane, la série des laptopogrammes semble incarner une image latente, dont on ne sait si elle est sur le point de disparaître ou d’apparaître. Débutée en 2008, cette série manifeste un trouble entre l’archive et le souvenir brumeux, elle affirme la volonté d’agir sur les images à défaut de pouvoir agir sur le monde. C’est pourquoi, à bien considérer ces dernières, quelque chose résiste. Le vide qui les traverse incarne une violence plus palpable que ce qu’elles dissimulent. Plutôt que d’ajouter des images aux images, Matthieu Boucherit s’obstine, dans une sorte de compulsion de répétition, à inverser les pratiques de retouche de propagande, afin de réparer l’histoire et d’en atténuer ses effets. S’il en soustrait le contenu ce sera donc pour mieux le révéler ou en affirmer le déni. Les cicatrices se referment, les impacts de balles disparaissent, les corps et les traces de sang au sol s’éclipsent.

Extraits du texte de Marion Zilio pour l’exposition « Darkroom in Use » à la Galerie Valérie Delaunay, du 3 mai au 16 juin 2018, Paris

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