Barkinado Bocoum

Peintures, installation in situ

Barkinado Bocoum vit et travaille à Dakar où il enseigne aussi la couleur et le dessin à l’Institut de Coupe Couture et de Mode. Peintre, il cloisonne avec soin ses tableaux comme autant de miniatures, autant d’éléments d’une mosaïque, dont la somme révèle d’intéressants va-et-vient de formes et de couleurs, de l’abstrait au figuratif.

Pour cette exposition, il investira l’espace de la Conciergerie en produisant une installation monumentale et colorée.

Sa résidence sera ponctuée de rencontres et d’ateliers sur le bassin chambérien.

Barkinado Bocoum, vue générale de l'exposition
Barkinado Bocoum, vue générale de l'exposition
  • Vernissage

    14 septembre 2018 à 19h

  • Exposition

    Du 15 septembre au 19 octobre 2018

  • Projection du film "La Pirogue"

    14 septembre à 20h30

  • Visite de l'atelier

    Du 3 au 14 septembre

  • Site web facebook.com/barkinado.bocoum
  • Dossier de presse

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« Une promenade avec Barkinado »

Installation à La Conciergerie – 14 septembre – 19 octobre 2018

Dans une boulimie à la fois tranquille et désinvolte, Barkinado Bocoum peint, dessine, trace, souligne, superpose, cloisonne… Je pourrais dérouler ici tous les gestes du peintre sans exception, mais je m’arrête, car là n’est pas l’essentiel. Tout comme il est inutile, face à son travail, de chercher à le qualifier en utilisant les termes habituels et communs tels que figuration, abstraction, éléments décoratifs, narration, aplat, ligne ou couleur. Inutile puisque Bocoum en use et en usera à sa guise, spontanément pour tout simplement nous placer devant des images à travers lesquelles il s’exprime. Juste parce que c’est ce qu’il aime, ce qu’il fait, et par quoi il respire. Le processus est ou paraît très simple : dessiner, peindre, composer, utiliser un langage formel en fonction du besoin qui l’anime, « ici et maintenant ». Création d’une forme ou d’un espace, de personnages, animation de surface, à l’aide de formes géométriques, de couleurs, d’éléments ou de supports graphiques, Bocoum travaille.

Pour son installation à La Conciergerie, Bocoum a commencé par recouvrir la totalité des murs où il allait intervenir de pages de journaux ou de magazines. Ce geste n’est pas anodin : ils relatent des faits que nous avons vécus, que d’autres hommes d’autres pays ont vécus. Ils témoignent de nos vies, de l’histoire en train de se faire… et qui s’efface. Puis, méthodiquement, Bocoum s’est mis lui aussi à « effacer » certaines parties, en révélant d’autres par contraste, laissant visible et lisible ce qui l’intéressait. Après avoir recouvert la plupart des textes ou des images par un léger glacis, il dispose des formes opaques qui viennent gommer, comme censurer, ce que nous ne pouvons nous empêcher de vouloir déchiffrer sous la peinture. Ainsi, les pages imprimées qu’il a substituées au support vierge du mur disparaissent ça et là, mais restent le réceptacle de son propos. L’installation se compose d’un élément central, « la forêt », jouant visuellement avec les trois espaces qui l’entourent. L’ensemble permet à chaque spectateur de construire sa propre lecture à travers son cheminement dans l’œuvre.

1 – LA FORET

L’espace central de la salle est occupé par des troncs d’arbres, de tailles et de formes différentes, dressés à partir du sol ou suspendus, peints de graphismes et de couleurs qui reprennent celles des murs.
Barkinado Bocoum vient d’un endroit où les arbres sont rares. Il dit lui-même avoir été frappé de voir autant d’arbres dans nos villes et autour d’elles. C’est ce qui lui a donné envie de constituer cette « forêt » et d’en faire l’élément principal de son installation. Cet espace est le lieu où tout se joue ; dans la réalité, tant qu’il subsiste, il est celui qui nous abrite, nous ressource, de son énergie, de sa force. Ici, il est celui à partir duquel Bocoum a structuré toute sa composition murale, jouant des formes et de la profondeur, des vides et des pleins. Le spectateur peut déambuler, se déplacer parmi les arbres, se positionner pour recomposer certaines images, faire coïncider les différents éléments graphiques peints sur les troncs et les murs. La forêt l’accueille et le guide, l’aide à reconstituer une partie du puzzle mis en place par l’artiste.

Barkinado Bocoum, vue de l'exposition

« Sortir de la forêt nous permet de voir de plus près le monde dont veut nous parler Bocoum. Les scènes murales, quasi rupestres qui l’entourent nous amènent à « lire » peu à peu son installation, non plus comme un jeu de formes et de couleurs, mais comme un théâtre d’ombres où se déroule le spectacle qu’il nous présente. »

 

CHAPITRE 1

« L’optimiste ou l’inconscient n’a t-il pas raison de profiter de ce qu’on lui propose ? Un nouveau gadget suffit à son bonheur, même futile, jusqu’au suivant, et ainsi de suite. » Des personnages semblent sauter, s’amuser, rire, parmi les arbres ou les branches. En tout cas c’est ce qui est suggéré par leur attitude. Qui sont-ils ? Que font-ils ? Le monde va, les vies se déroulent et chacun peut vivre la sienne, insouciant malgré les désastres, les guerres, les malheurs et les terres dévastées. C’est l’espace qui occupe le grand mur qui nous fait face depuis l’entrée et qui joue visiblement avec la forêt, par ses couleurs et ses graphismes. S’y superposent des êtres sautant, semblant accrochés aux branches comme de grands singes, ou cachés par elles. Ces scènes, exécutées d’un trait rapide, maladroit parfois, sont traitées de manière différente selon qu’elles occupent la partie supérieure ou inférieure à la ligne rouge qui parcourt et délimite toute l’installation. Sur ce mur, la zone inférieure est achrome, comme inachevée, ou encore en construction, alors que la partie supérieure s’anime de couleurs vives. Bocoum nous montre ici qu’il y a toujours une face cachée et une face visible des choses.

CHAPITRE 2

« Il y a toujours des mécontents, des empêcheurs de tourner en rond, des alarmistes ou pessimistes. Lanceurs d’alerte ou Cassandres, ils auront toujours tort d’avoir eu raison trop tôt ».

Ces personnages crient, hurlent, grincent des dents. Ils ont beau utiliser tous les moyens possibles, rien n’y fera, le rouge toujours et encore pourra tout recouvrir sans que les choses ne changent. C’est l’espace qui occupe le mur de droite de l’installation. Cinq grandes figures comme autant de fous hurlants, têtes disproportionnées qui surmontent une large surface de rouge délavé.

CHAPITRE 3
Quelles sont les forces, les puissances, qui nous gouvernent ou qui nous entraînent vers ce chaos ? Opèrent-ils au grand jour ou restent-ils tapis dans l’ombre ? Joueurs de marionnettes au grand casino planétaire, ils misent et gagnent, toujours.
Dans ce troisième espace, Bocoum nous dépeint ceux qui orchestrent, ceux qui nous tentent, nous séduisent et nous détournent de ce qui nous lie aux autres, à la nature, à notre histoire profonde. Visages grimaçants, quasi têtes de morts, tons sombres jusqu’au noir, avec pour seules couleurs, salies, celles de drapeaux nationaux. Là encore, un jeu de correspondances, des pans de toile où le spectateur fera coïncider les parties de chaque élément, chaque crâne. C’est dans cet espace confiné que tout se joue. Il est à la fois le plus explicite dans son traitement plastique et celui qui nous permet de relire l’installation globale : impossible, après être arrivé devant cette « loge », après l’avoir observée, pénétrée, de ne pas revisiter l’installation avec un regard neuf.

Reste la forêt…

 

Serge HÉLIÈS, sept. 2018

Nuit de la création 2018 Après